Le projet

"Surtout, ne parlez pas des affaires financières…". Ce préalable à l'obtention d'un entretien avec le fondateur du FN a été formulé par Lorrain de Saint Affrique, le conseiller en communication de Jean-Marie Le Pen, le fondateur du FN. Difficile, pourtant, de passer à côté de ces questions essentielles. D'autant plus fondamentales que nous avons choisi l'argent comme fil rouge à notre enquête sur Marine Le Pen. Car, au Front national, l'argent est au centre de tout.

Chaque événement marquant dans la vie interne du Front national, de la transformation d’un rassemblement de militants bénévoles en un parti de cadres salariés, du putsch raté de Bruno Mégret, à l’accession de Marine Le Pen aux commandes du parti, en janvier 2011, tout peut être décrypté à l’aune de cette obsession, transmise de père en fille : garder le contrôle de la caisse.

Cet ouvrage, fruit de plusieurs années d'enquête au cœur des finances du Front national, nous a conduit à décrypter un système qui vaut aujourd'hui au parti frontiste, mais aussi à Marine Le Pen et certains de ses plus proches amis et collaborateurs, d'être au coeur de cinq enquêtes judiciaires. L'une d'elle concerne le patrimoine des Le Pen, trois autres visent les financements des campagnes du FN, une autre encore s'intéresse à des soupçons d'emplois fictifs qui éclaboussent tout les échelons du parti.

Nous voulions plonger dans les eaux profondes du Front national et de ses finances. Il s'agissait donc d'enquêter également sur les hommes qui gravitent autour de la présidente Marine Le Pen. Un cercle d'amis, de conseillers officieux, et d'hommes d'affaires qui font rarement l'objet de l'attention médiatique alors même qu'ils tiennent les cordons de la bourse. Ces hommes de l'ombre qui, pour la plupart, ont milité dans les rangs du Groupe Union Défense (GUD), constituent l'"équipe bis" de la candidate à l'élection présidentielle. Une équipe à qui Marine Le Pen doit beaucoup plus qu'elle n'a bien voulu le laisser croire aux rares journalistes qui se sont aventurés à mentionner leurs noms. Nous avons tacher de combler cette lacune. En commençant par travailler sur le cas du prestataire attitré du FN depuis 2011, Frédéric Chatillon, le dirigeant de l'agence de communication Riwal, la « boîte noire » du parti d'extrême droite. Ou encore Axel Loustau, le trésorier de Jeanne, le microparti de Marine Le Pen, qui n'est autre que le meilleur ami de Frédéric Chatillon. Les deux hommes doivent prochainement être renvoyés devant le tribunal correctionnel notamment pour "escroqueries au préjudice de l'État" dans l'affaire "Jeanne-Riwal". Ce qui n'a pas empêché Marine Le Pen de leur renouveler toute sa confiance pour les élections suivantes.

"Accordez-moi que je ne m’occupe pas de ce genre de choses", a-t-elle expliqué au juge qui l'a interrogé, en janvier 2016, sur son degrés de connaissance du système mis en place par ses amis. "Je n’avais aucune raison d’être informée des relations entre Jeanne et Riwal", a-t-elle encore assuré. Il fallait vérifier ses dires. Résultat : Notre enquête révèle, documents et témoignages inédits à l’appui, que la réalité est tout autre.